Dossier de Presse


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DIJON - THÉÂTRE Antigone l’insurgée au théâtre Mansart

  • Le 12/10/2018 à 17:21

Adèll, "une Antigone clowne" qui revisite avec exubérance la tragédie de Sophocle : "Mon personnage est très vivant, très joyeux". Photo Janine PERNETTE

 

Adèll, "une Antigone clowne" qui revisite avec exubérance la tragédie de Sophocle : "Mon personnage est très vivant, très joyeux". Photo Janine PERNETTE

Antigone, c'est la clown talentueuse Adell Nodé Langlois, rencontrée et aimée en 2008, dans Antigone monologue clownesque. Dix ans plus tard, elle reprend son personnage dans Antigone's not dead, présenté jeudi au théâtre Mansart. Pour son premier opus, Antigone était face à sa vie, elle savait qu'elle allait faire le choix de désobéir à la loi ce qui la conduirait inévitablement à la mort. Aujourd'hui, nous la retrouvons dans la grotte où le roi Créon l'a enfermée pour l'éternité. Loin d'accepter son sort, elle va se révolter contre les diktats de la tragédie et crier son amour pour Hémon.

Entre rires et larmes, Antigone nous touche et nous surprend : elle décide de tordre le cou à son tragique destin, punkette aux allures d'adolescente, elle entonne Les portes du pénitencier, avec sa guitare électrique et petit à petit l'ado rebelle se transforme en tragédienne grecque offrant sa rébellion et mettant littéralement son cœur à nu.

Pour parfaire cette antique tragédie revisitée, le public habilement pris à parti endosse le rôle du chœur avec plaisir. Mickael Santos, alias Chronos, nous plonge dans une ambiance sonore sensitive, et les lumières d’Emmanuelle Petit complètent cette plongée souterraine sourde et frondeuse.

Lydie Champrenault (CLP) 

 

 

Des clowns au bord de l’implosion

Les nouveaux clowns

 

Antigone 9

© Jean-Pierre Estournet

 

 

Les clowns des années deux mille ont pour nom Boudu, Ludor Citrik, Jackie Star ou

encore Antigone. Tous singuliers, avec ou sans nez rouge, ces personnages appartiennent à

la même famille recomposée, celle des êtres hors de toute normes, qui jouent avec la souffrance,

la folie et la mort, tout en trimbalant une imparable pulsion de vie.

Depuis quelques années, on voit s’épanouir sur les planches une nouvelle tribu de clowns, tragiques,

organiques, corrosifs. Enfants sauvages du clown élisabéthain et de l’auguste de piste, ces

personnages détonants échappent à toute étiquette. (…) Ces êtres insaisissables qui « échappent

à toute nomenclature » sont chacun le fruit d’un engagement personnel total.

Les personnages créés par Cédric Paga ou Charlotte Saliou, par Bonaventure Gacon ou Adèll

Nodé- Langlois sont uniques. Ils sont comme des masques faits de chair et d’énergie, sculptés

avec le temps par celui qui le porte, et en perpétuel mouvement.

Derrière le fard ou le nez rouge, nous assistons à la mise à nu d’un être, en proie à des

pulsions contradictoires, destructrices ou créatrices ; à des états d’âmes complexes, dérisoires

ou existentiels, qui agitent tout le corps. Car ces clowns de la nouvelle génération accordent

dans leur partition une place centrale au langage corporel. Leurs corps, exubérants ou massifs,

souvent frénétiques, sont comme une fenêtre grande ouverte sur la conscience des personnages.

(…) Et des bêtes comiques avec ça, car leur appétit pour le public est bel et bien là. Le rire s’empare

de nous par surprise et nous fait entrer dans un cercle d’humanité, car rire de ces individus

grotesques, fragiles ou simplement bêtes, c’est finalement accepter de nous regarder nousmême.

Autant le dire, ce rire est à mille lieux du rire cynique et conformiste déclenché

par les comiques cathodiques. Comme les tricksters des contes, ces sorciers archaïques à

la fois idiots et géniaux, puissants et maladroits, reliés aux racines du monde et de l’enfance, ces

clowns d’aujourd’hui perturbent nos repères. Avec eux, laideur et beauté, jubilation et tragique,

vie et mort cohabitent en un seul point.

Avec Antigone d’Adèll Nodé-Langlois -l’une des dernières nées : elle est apparue sur les

planches en 2007-, nous sommes au coeur du tragique, sur le fil entre la vie et la

mort. C’est d’un enterrement qu’il s’agit : Antigone, nez écarlate, cheveux hirsutes et regard

poignant, procède aux rituels de mise pour inhumer Polynice. Elle peut repeindre la vie en

blanc et jouer une mélodie sur son bandonéon, elle sait que tout est joué d’avance : au bout

de son destin maudit il n’y a que la mort. Mais le clown n’habite que le présent. Alors, au

centre du cercle de terre, avec toute la vie possible, les doigts dans la matière organique, elle

embellit la mort, et danse sur sa propre tombe. Le rire nous traverse, mais ce que l’on retient

c’est sa lucidité brûlante et sa sensibilité à vif qui lui donne épaisseur humaine qui noue la

gorge. (…)

 

Naly Gérard - Mouvement.net - 13/03/2008

 

 

 

Programmer des clowns corrosifs

 

Diane Galbaud

La Scène

Automne 2008

n° 50

 

Antigone 10

 

Loin des représentations traditionnelles, des clowns s’imposent aujourd’hui en étant audacieux, parfois trash,

souvent irrévérencieux.

Finis les chaussures difformes et les gags éculés. Iconoclastes, hors normes, avec ou sans nez

rouge, ils renouent avec l’essence de leur art ; exprimer les pulsions contradictoires, destructrices et créatrices,

propres à chaque homme, en pulvérisant les conventions assimiliées depuis l’enfance. À travers eux, c’est nous

mêmes que nous observons, nos vacillements, entre force et fragilité, joie et tragédies... Certains se distinguent par

leur noirceur, comme le Boudu (Bonaventure Gacon) ou encore Ludor Citrik (Cédric Paga). Des personnages corrosifs,

«trash», qui s’attaquent aux drames existentiels : la souffrance, la cruauté, la mort... Beaucoup nous renvoient de

la férocité. «Je suis persuadé que derrière chaque humain, il y a un monstre, analyse Franck Dinet, fondateur et

directeur du Samovar, théâtre et école pour les clowns, les burlesques et les excentriques. Le clown permet de faire

ressentir cela». Une violence à l’image de notre société, un miroir qui réfléchit son âpreté.

Pour cette nouvelle génération, plus question de jouer les bouche-trous durant dix minutes entre deux numéros

de cirque. Ces clowns investissent les plateaux et présentent des spectacles plus longs. À la différence de leurs

aînés, souvent d’anciens acrobates, ils proviennent davantage du théâtre que des arts du cirque. Franck Dinet

remarque : « En s’orientant vers le clown, c’est la liberté absolue que ces comédiens recherchent. Mais elle est difficile

à prendre, il faut mettre à jour tout ce qui est caché en soi». Phénomène inédit, les femmes sont de plus en plus

nombreuses à endosser un rôle traditionnellement dévolu aux hommes, telles Charlotte Saliou, Janie Follet ou

encore Adèll Nodé-Langlois... Loin d’incarner des personnages asexués, elles se jouent des archétypes de la

féminité.

À ceux qui prédisaient le déclin de l’art clownesque, cette génération prouve le contraire. Paradoxalement, les

formations spécialisées semblent rares. Pourtant, cet art requiert des efforts acharnés.

Avant d’exposer «son clown» – son double brut, le chemin rest ardu.

 

DIANE GALBAUD

 

Condamnée à mort pour avoir enterré son frère Polynice, Antigone est vêtue de noir, mais sa chevelure

hérissée et son nez rouge détonnent...

Adèll Nodé-Langlois, du Cirque Pochéros, s’empare du personnage dans un monologue savoureux,

où s’enchevêtrent poésie et humour noir. Les funérailles deviennent un grand carnaval échevelé,

à coup de peinture, de cheval de cirque et de chocolat. Adèll Nodé- Langlois a créé ce spectacle en 2007

au Manège de Reims. Depuis, avec un cercueil et un nez rouge, elle sillonne les routes des théâtres et

des festivals...

 

 

 

Mouvement.net

publié le 19 juil. 2017

Le Rire Pare-Balles de Julien Mabiala Bissila et Adèll Nodé-Langlois

 

Antigone 11                                © Christophe Raynaud de Lage

 

 

Rencontres à vif

Qu’ est-ce qu’une rencontre artistique ? Les Sujets à vif organisés par la SACD au festival d’Avignon

posent la question en acte, pour le meilleur et pour le pire.

Par Aïnhoa Jean-Calmettes

 

 

Adèll Nodé-Langlois aka Antigone et l’auteur et comédien Julien Mabiala Bissila mettent rapidement

en place un scénario simple et nous voici catapultés dans une « soirée bénéfice » en faveur

d’un Centre de formation d’acteurs au Congo-Brazzaville, le CEFRAD. La rencontre est ici une

savante collaboration entre deux artistes qui apportent leurs savoir-faire et les mettent au service

d’un projet commun. Le rire pare-balles traverse tous les registres de rire, et passe en revue toutes

les facettes du néocolonialisme : la vampirisation des firmes transnationales, la françafrique

(« Elle est sympa, je l’ai lu dans le Poulet enchaîné »), le cliché du concert de rock humanitaire,

les liens ambigus entre charité et culpabilisation chrétienne, la folklorisation des artistes « originaires

d’Afrique » et l’hypocrisie de la bonne conscience des milieux culturels. Avec beaucoup

d’habilité et de justesse, les deux artistes concoctent une petite forme férocement politique qui

réussit le tour de force de se farcir tous les clichés sans jamais tomber dans les poncifs.

 

 

 

 

 

Antigone 12                            photo Olivier Parcollet 

 

 

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